Dr Knok

Des advergames sanitaires, quand la communication sociale devient jouable.

Impossible d’évoquer le secteur de la santé sans penser au Docteur Knock, interprété par Louis Jouvet, ce médecin de campagne qui, pour s’assurer un revenu confortable, distille ses conseils fumeux et diagnostique une maladie à chaque âme du village, transformé en hôpital.

Cette situation nous paraît impensable au XXIe siècle, et pourtant, nombres de voix s’élèvent contre les actes menés par les laboratoires pharmaceutiques, qui doivent agir dans un cadre humain et social, mais qui ont intégré le facteur économique. Preuve en est, ces groupes génèrent plusieurs milliards d’euros de bénéfices chaque année. Que ce soit des malades non soignés, des irradiés, des maladies provoquées par des traitements, plusieurs procès ont également fait les Unes ces dernières années.

Malgré ces résultats, il ne faut pas oublier que le secteur de la santé, les laboratoires, les hôpitaux, les médecins ou les pharmaciens, nous permettent de vivre plus vieux, dans de meilleures conditions, et de sauver des vies.

En France particulièrement, la santé est un secteur d’importance, 81 % de la population ayant une vision positive de la qualité des soins fournis. Il est à noter que la France se place au 2e rang de l’OCDE pour son espérance de vie, la première cause de mortalité étant le cancer, suivi des problèmes cardiaques. Mais la santé coûte cher, près de 15 % de la population avoue avoir renoncé à des soins de santé en raison de coût élevés. Malgré cela, les français représentent la plus grosse consommation par habitant au monde, avec un coût de 12,1 % du PIB.

C’est dans ce cadre que l’industrie de la santé doit mener sa communication, et à ce sujet, les marketeurs ont su faire preuve d’inventivité au sein de ce milieu d’ordinaire assez normé.

C’est par l’advergame que les laboratoires ont choisi de promouvoir leurs produits, à l’image de Vicks et de Freedent en 2011.

Cette stratégie a des avantages considérables, à commencer par l’augmentation potentielle du référencement par la génération de trafic qui peut être créée. Or Internet est un espace peu privilégié pour ces structures, car ce n’est pas là qu’elles doivent toucher leurs cibles pour vendre, du moins jusqu’à présent. De plus, elle permet aux joueurs-prospects de s’amuser avec un produit, une marque dont ils seront peut-être les prescripteurs, si ce n’est les acheteurs. Créer ainsi un aspect affectif avec un produit de santé est nouveau, mais peut-être une niche porteuse pour certaines entreprises.

 

Mais le secteur de la santé voit également sa communication sociale bouleversée par ces advergames. On le voit notamment avec le jeu Quit Smoking, un advergame visant à accompagner les fumeurs dans leur décision d’arrêter de fumer, ou tout du moins de les motiver. Et la gamification de telles décisions ne peut qu’améliorer les chances de réussite, puisqu’elle permet à l’individu de se dépasser en arrêtant de fumer en étant récompensé à chaque étape fixée.

 

Dans la brèche ouverte par les advergames, certains organismes se sont positionnés dans l’information et la prévention. Encore une fois, l’avantage est de sensibiliser plus facilement et de manière plus large, de modifier les comportements par le jeu comme s’il s’agissait d’éducation à proprement parler, à l’image de PocheVille au Québec, sensibilisant aux méfaits d’une consommation excessive d’alcool chez les adolescents , ou encore Time Out, un jeu visant à éduquer les jeunes diabétiques aux bonnes pratiques de soin.

On l’aura vu, l’advergame a encore frappé. Une fois de plus, il s’est immiscé dans un secteur et l’a envahi, bien que cette pratique ne se soit pas encore généralisée.

Cela démontre à quel point l’advergame symbolise notre époque et nos habitudes de consommation.