qu'est ce que le social gaming

Un buzz word c’est terrible non pas parce qu’il pollue à la fois les résultats Google et nos feeds twitter mais surtout parce que cela donne des idées délirantes à des entrepreneurs qui pensent avoir découvert le Graal et un nouveau moyen de faire de l’argent facilement.  Vous n’êtes pas forcément aussi connecté à l’actualité du social gaming que moi donc je vous l’annonce, trop d’acteurs français sont en train de se servir de l’explosion outre atlantique des jeux sociaux (Cf l’actualité de Playfish, Zynga et Playdom) pour créer de nombreuses initiatives autour de ce concept (qui est pourtant loin d’être la panacée) en croyant une fois de plus qu’il sera le moyen de faire de l’argent facilement.

qu'est ce que le social gaming

Et bien je suis désolé de faire mon oiseau de mauvais augure et d’annoncer pas mal de désillusions mais je vais dans cet article faire un tour d’horizon des idées reçues et préjugés autour du social gaming pour je l’espère ne pas voir encore éclore de nouveaux acteurs sur ce marché saturé.

Le social gaming, qu’est ce que c’est ? En tout cas PLUS une méthode miracle pour obtenir rapidement et gratuitement une audience massive.

Le social gaming est un mot à la mode pour définir des types de jeux qui existent depuis que le web est web et peut être même auparavant. Le social gaming ce sont des jeux simples et faciles d’accès comme il y en a des millions et dans lesquels il est possible d’inviter des amis pour accélérer son développement. Évidement, depuis que Facebook existe les usages ont explosé car le réseau social a fluidifié pendant un temps les systèmes de partage et de notifications. Cela a permis aux premiers entrants de bénéficier d’un effet de diffusion naturelle extrêmement puissant. Mais depuis que les utilisateurs se sont plaints de l’accumulation d’invitations débiles sur leur mur à des jeux tout aussi débiles, Facebook a du limiter largement l’accès aux notifications aux éditeurs d’applications. Depuis cet évènement, très peu d’acteurs ont été capable d’atteindre des centaines de milliers de joueurs sans aucun investissement, et cela fait bien longtemps que le mythe de la diffusion virale et naturelle sans amorçage ne fait plus rêver grand monde. Tous les soi-disant consultants experts du web qui vendent encore de la viralité et donc du contenu “diffusable” sans aucun achat d’espace sont donc des charlatans. Cela fait très longtemps que les choses ont changées, le fondateur de Zynga lui même avait annoncé il y a plus d’un an que s’il devait lancer son entreprise aujourd’hui, il n’aurait jamais atteint ses dizaines de millions de joueurs sans aucun achat d’espace. Aujourd’hui, 10% des jeux sociaux Facebook phagocytent 80% du trafic d’applications, c’est un chiffre à méditer.

Un premier mensonge révélé, le social gaming n’est pas un contenu viral. Il était temps de le dire…

Le pullulement des éditeurs de jeux sociaux doit être stoppé rapidement ! Vite, un sauveur !

Je réagis au tweet de Julien Cordoniou (Head of Plaform Partnerships @Facebook) qui demande une concentration des éditeurs de jeux français. En effet, notre cher pays est un modèle contrairement aux idées reçues de dynamiques entrepreneuriales. Le nombre d’entreprises qui se sont lancées dans la course au social gaming est impressionnant. Certaines d’entre elles ont connu le succès mais je ne compte plus le nombre d’éditeurs de jeux indépendants qui se créent chaque jour.

Enfermés dans leur tour d’ivoire personne ne leur dit que le marché est proche de l’implosion tellement les acteurs sont présents.

Supers idées : un jeu Facebook en 3D, un social game pour les filles, un jeu facebook pour les amateurs de raclette, les idées sont nombreuses mais personne ne voit que les barrières à l’entrée sont énormes et que le nombre de succès se comptent sur les doigts d’une main. Les éditeurs de jeux sociaux sont avant tout des techniciens, l’idée créative est généralement placée au second rang devant les impératifs techniques, l’obligation de conversion de joueurs en payeurs de biens virtuels et leur capacité à intégrer des outils de monétisation de plus en plus contraignants. Un éditeur de jeu social comme je l’ai expliqué dans mon article sur la gamification du monde est un professionnel de la dématérialisation du e-commerce car son métier n’est pas de divertir mais de convertir une audience en achat de biens immatériels. Stop aux idées créatives, laissons les aux pros de la pub, aux buzzman et autre Fred et Farid, ce n’est pas le fond de commerce des jeux sociaux que d’inventer des mondes extraordinaires et encore moins leur business…

Les agences web spécialisées qui voit dans le jeu social et la gamification une manière de se différencier sont au mieux naïves au pire incompétentes.

Encore un erreur gravissime qui prend les annonceurs pour des neuneus, et comme ils ne le sont pas, cela aboutit à un déversement de discours plats qui n’arrivent pas à convaincre grand monde. Un advergame, une application Facebook ou un jeu social, appelez les comme vous le voudrez ne pourront être vendus à des marques que lorsqu’ils auront prouvé leur efficacité marketing. Évidement le jeu est un outil puissant, il n’y a qu’à voir les dernières productions de Fanta, Coca, Oasis ou Google pour se rendre compte qu’il est un contenu qui peut atteindre une large audience, capable de la convertir en prospects de qualité. Seulement encore une fois il faut savoir ce que l’on vend. De la viralité ? NON. Un contenu fun et jeune ? Non. De la notoriété et de l’image de marque ? Non plus. L’advergame est un contenu de performance contrairement encore une fois aux discours des ayatollahs qui l’ont découvert récement. Il est là comme les jeux concours pour servir des problématiques très précises et des objectifs chiffrés. Un advergame Facebook ou un jeu social ne doit pas être créé pour faire joli dans un dossier de presse. Ils peuvent être beaucoup plus puissants et donc bénéfiques pour la stratégie commerciale de la marque à condition qu’ils soient perçus comme de véritables outils business d’efficacité marketing.

Nous pouvons donc affirmer que les agences qui vendent des jeux se plantent à 90% en orientant leur annonceur sur des opérations d’image, de notoriété et de “buzz”.

Mettre complétement de côté l’aspect ROI (retour sur investissement) qui a pourtant fait les beaux jours du marketing internet est une erreur de base qui fait du mal au secteur. Le jeu doit s’adapter à ses contraintes ou fera long feu.

En conclusion, je dirai qu’il ne faut pas mal interpréter mon message. Je n’essaie évidement pas de dire que le jeu est fini, qu’il a été une mode et qu’il ne sert à rien. Bien au contraire, il reste un outil puissant, voire le plus puissant des contenus publicitaire sur le web. Mais mon sujet est d’essayer d’expliquer à tous les nouveaux entrants qu’ils se trompent en imaginant que le secteur du jeu sur internet est un nouveau marché facile à conquérir, il est plutôt en phase de maturation et il va falloir préciser les discours, la technicité et les visions pour se démarquer face à la concurrence de plus en plus significative.